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Hugues Klein

Homme de tête, Hugues Klein est à la fois architecte, enseignant en architecture, urbaniste et designer. Incontournable dans le milieu, il est à l'origine de l'entrée du Zoo de Mulhouse, de l'école dans les arbres à Obernai ou de la future Fondation Saint-Jean. Nominé en 2007 pour le Prix Mies Van der Rohe il a remporté la même année le Prix de l'Architecture Ecologique et participé en 2008 à la Biennale Internationale de Venise. Hugues Klein c’est une philosophie, une signature et un sourire. On a donc cherché à savoir qui se cache derrière ce grand sourire. Voilà la réponse.

Hugues Klein, pourriez-vous rappeler en quelques mots à ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, qui vous êtes ? 

Je suis né en 1968 en Lorraine. Mes études d'architecture, je les ai faites à Strasbourg, à l'Institut National des Sciences Appliquées, une école publique d'ingénieurs et d'architectes recrutant sur classes préparatoires. Je suis architecte à mon compte depuis 1999 après avoir travaillé au sein de l'agence Emergence créée par Philippe Lainé. Après avoir créé avec Pierre Baumann, l'agence Klein & Baumann, je suis aujourd'hui à la tête d'une agence à taille humaine composée de 4 personnes dont Emilia Mindekova, architecte elle aussi.

Justement, nous connaissions Klein & Baumann et aujourd'hui le nom de l'agence est Hugues Klein Architects. Que s'est-il passé?

Je me suis installé en tant qu'architecte en juillet 1999. Je voulais démarrer avec Pierre Baumann dès le départ mais nous n'avions pas assez de travail. Dès que l'on a eu assez de projets, Pierre m'a rejoint en tant qu'associé, c'était en 2000. On était alors avenue Aristide Briand sous le nom de Klein & Baumann. Les 6 années où l'on a travaillé ensemble, on a beaucoup travaillé. On est parti de zéro pour se retrouver avec 20 salariés et deux agences à Mulhouse et Strasbourg. Au bout d'un moment, nos vies privées respectives sont devenues compliquées. J'ai décidé de fonctionner différemment et de privilégier une qualité de vie, allant jusqu'à prendre des cours de yoga. On a décidé de devenir plus petit, Pierre est resté associé jusqu'en 2006. Puis il s'est désinscrit de l'Ordre des Architectes pour se mettre au vert dans la région d'Altkirch. Depuis 2010, il exerce à nouveau en tant qu'architecte, à son compte. Nous sommes toujours de très bons amis.

Vous semblez vous donner du temps pour mener vos projets à bien. Comment fonctionnez-vous aujourd'hui? 

Nous sommes 4 et nous prenons généralement un projet par an pour se consacrer pleinement au client. Lorsque l'on est en effectif plus réduit, le travail est plus dense mais il y a une vraie concentration à plein temps sur chaque projet. Il n'y a pas de perte d'information, nous sommes tous au même niveau et totalement disponible pour le client. D'autre part, dans nos projets, nous croyons à la séparation économie, planning et qualité de réalisation. Ainsi, nous ne faisons pas de compromis sur la qualité. Au contraire, dans les grosses agences, le taux horaire est très cher car administrativement il y a tellement de monde avec une perte d'informations car très souvent celui qui a l'info n'est pas celui qui réalise la tâche. Ces agences en arrivent donc souvent à faire de l'abattage c'est à dire à faire beaucoup de projets, parfois moyens, pour permettre à l'agence de continuer à tourner à 100 personnes. Ma philosophie ce n'est pas ça : Ce ce n'est pas parque l'on est 100 personnes que l'on doit faire une architecture moyenne, c'est parce que l'on a fait le choix de faire une architecture moyenne que l'on se retrouve à 100 personnes. Je parle là des agences françaises, il existe des exceptions à l'étranger comme Herzog & De Meuron, qui se sont structurés différemment. Dans tous les cas, la qualité de l'architecture ne doit pas dépendre des conditions matérielles.

Quelle est pour vous la recette d’une architecture réussie ? 

Il faut tester, faire des prototypes. Pour entreprendre cette démarche, cela suppose que l'on désapprenne. Désapprendre ne veut pas dire renoncer à l'expertise, il faut simplement arriver à sortir schémas exclusifs, en combinant la connaissance experte à l'anticipation qui regarde loin et large en prenant des risques mais en pensant à l'Homme. Cela est délicat car en France les élites sont sélectionnées sur les mathématiques et non pas sur l'expérimentation. L'évaluation de la créativité est alors toujours difficile. Si l'on veut faire une architecture sortant des sentiers battus ou qui n'est pas une reproduction de ce qui existe déjà, il faut faire de la recherche d'expérimentation. J'enseigne l'architecture de projet et je vois que les étudiants ont du mal à produire une coupe ou une maquette tant qu'ils ne sont pas persuadés de la justesse de leur rendu. Ils sont formatés, ils s'auto-censurent parce que pendant des années leur formation était de trouver LA solution à l'équation. En architecture, il n'y a pas LA solution, il y a une infinité de solutions.

Et où puisez-vous vos inspirations ? 

Essentiellement dans mes sorties. L'idée est de ne pas rester enfermé dans un milieu unique, il faut se laisser du temps pour voir des expositions, des artistes, pour se consacrer à sa famille, rencontrer des amis travaillant dans des milieux divers et variés. Je vois également des amis architectes comme Philippe Lainé de l'agence Emergence ou Guillaume Delemazure de l'Agence DeA Architectes, qui est un très bon copain. Nous sommes issus de la même promotion, on enseigne tous les deux à l'INSA.

Avez-vous des coups de cœur pour certains architectes?

Actuellement en Alsace, il y a deux jeunes agences intéressantes : L'agence Ixo et l'agence Fluor qui font un travail qui, je pense, sera reconnu dans quelques années. Ce sont des architectes qui travaillent comme des artisans : tout ce qu'ils réalisent, ils le font professionnellement, correctement, sans aucun compromis. Internationalement, mon mentor serait peut-être Peter Zumthor pour qui l'architecture doit être vécue et expérimentée avec une vraie démarche de travail d'auteur : une œuvre unique, globale et signée où l'on investit le temps nécessaire. 

Et pour certains bâtiments mulhousiens?

Il faut que je réfléchisse, car généralement les bâtiments qui fonctionnent architecturalement parlant, on en parle très peu. Le bâtiment annulaire ou la place de la bourse sont des lieux réussis.

Le Centre Culturel et de Loisirs à Riedisheim, qui va être rénové, est un bâtiment qui me plaît bien. L'agence colmarienne Auger - Rambeaud a réalisé un beau travail sur le gymnase du lycée du Rebberg à Mulhouse. Il y a également le travail de l'agence Weber et Keiling sur le Musée de l'Impression sur Etoffes qui est très intéressant : Il y a un vrai parvis, un bel auvent, un accès, un parc avec des sculptures, un premier test sur la mise en relation avec l'eau. C'est un bâtiment juste, humble, discret.  Un travail qui peut toutefois encore évoluer, notamment sur les combles qui sont vides avec une verrière splendide qui par manque de moyens ne sont pas encore utilisés.

huguesklein.com


Par Julien Di Giusto

Fondateur de l'agence de communication Mars Rouge et du magazine online subject.fr. Collabore avec le label italien Angle Records pour le magazine NG™. Vit à Mulhouse.

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